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De plus en plus, demander à un « * » de faire quelque chose qu’on demanderait autrement normalement à un blanc, c’est être « *-phobe ».
(Inutile de tiquer sur le mot « blanc », vous savez très bien ce que je veux dire dans cette phrase)
Et comme tu dis très bien : à force de faire passer la moindre futilité puérile et indigne d’être relevée pour du racisme, de l’antisémitisme, du sexisme, etc. et bah on assiste à la situation où le racisme, l’antisémitisme, le sexisme, etc. passe pour des futilités puériles qui ne sont plus relevées.
Le pire dans tout ça, c’est que peu à peu, ces « futilités » sont de moins en moins futiles, justement, et de plus en plus racistes, antisémites, sexistes, etc. sans pour autant qu’elles soient plus relevées.
Un sorte de décalage progressif de ce que la société accepte, à la manière de la fenêtre d’Overton qui monte vers l’acceptation des pires horreurs, mais pour le traitement et la considération des gens en fonction de ce qu’ils sont.
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D’une façon générale, on ne peut pas changer des siècles de racisme, d’antisémistisme et de sexisme systémique – parce que notre société, occidentale en tout cas a été raciste, antisémite et sexiste — le temps d’une génération. Cette fenêtre ne peut pas soudainement descendre tout en bas. Je dis plus haut : essayez de la descendre, l’on ne parviendra qu’à l’élargir.
Au contraire, je pense plutôt qu’il faut agir dans l’autre sens : attaquer les problèmes les plus graves. Quand ils sont disparus, on attaque les seconds les plus graves, et ainsi de suite.
Mais si on commence par les trucs les moins graves, ça ne marchera pas. Et ça ne marchera pas, car ça ne sera pas efficace.
On n’a pas aboli l’esclavage en interdisant d’abord les caricatures style « Banania » ou « tête de nègre », puis en interdisant l’esclavage. Ça n’aurait jamais fonctionné : interdit une pâtisserie au nom douteux, il en serait apparu dix nouvelles.
Non, on est descendu : esclavage d’abord, puis les choses qui y référaient. Ainsi, plus personne dans les nouvelles générations n’aurait ne serait-ce que l’idée même de créer une pâtisserie dont le nom réfère à l’esclavage. Ça n’aurait aucun sens : l’esclave n’existe plus. Pourquoi y référer ?
Pour le reste, il faut aller dans le même sens : qu’on commence à foutre en prison ceux qui brûlent des synagogues ou taguent des croix gammées.
Une fois que ça sera fait — on en est loin — alors on pourra regarder les éléments suivant de la liste : blagues antisémites, regard des autres, puis faire évaporer les préjugés, et enfin terminer par une acceptation de voir des rayons de produits "kasher" dans les supermarchés, ou une synagogue au même titre qu’une église dans les villes.
Mais ça, je répète : ça n’arrivera pas du jour au lendemain. C’est juste pas possible. La société, le système ancre des choses trop profondément dans chaque individu. Pas forcément volontairement, mais quand-même très fortement.
Ça peut prendre plusieurs générations pour éradiquer certaines idées. Car pour qu’un enfant se mette quelque chose dans sa tête, il faut que les parents, ou en tout cas les adultes autour de lui, véhiculent cette idée également. Et rien qu’avec ça, on en est déjà à deux générations.
Ce n’est pas là une excuse pour ne rien faire à notre niveau, et ne pas commencer.
D’une façon générale, je pense qu’on ne peut avoir un impact que sur ceux qui sont considérablement plus jeunes que nous. Ceux qui nous voient comme des adultes, des « grands ». On ne changera pas nos grands-parents par exemple. Mais on peut changer la génération qui arrive.
Et pendant que les « mauvaises » idées ancrées historiquement dans les 2 ou 3 générations précédentes disparaissent, les générations suivantes auront le temps de grandir avec des idées plus progressistes (et pour ça, un investissement sur l’avenir, la jeunesse, l’éducation, est également nécessaire, chose qui se semble dramatiquement mal barré en France, par exemple).
Donc oui, on doit commencer maintenant. Il ne faut juste pas se leurrer : le résultat ne sera pas forcément visible de notre vivant. Ça ne veut pas dire que ce qu’on aura fait n’aurait pas été utile. Au contraire : c’est indispensable, mais on ne verra pas toute la fin, il faut bien se le dire.
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